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туры и экскурсии.
La part du requin

Herman Melville, le roman et les Marquisiens d'aujourd'hui

Vidéo Mollat, 12 février 2015. 

 

Entretien avec Sébastien Laurier à la librairie Mollat

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La part du requin. Extrait p. 79 - 80

Frémissante sous la brûlure du soleil, l’île épanouissait les fleurs de ses buissons et de ses futaies, les fruits juteux qui faisaient ployer les branches de ses arbres, aux racines rafraîchies de ruisseaux qui dévalaient en bondissant de ses hauts plateaux. Les bancs de brume laiteux comme une jeune pulpe de coco s’étaient depuis longtemps dissous, vaincus de chaleur, lorsque les jeunes gens sortirent de l’eau d’une étroite rivière. Heetai apprécia d’un sourire la grâce de cette nouvelle compagne dans le geste qui rajustait son court pagne autour de sa taille. C’est à cet instant même qu’ils entendirent une série de détonations, répercutées en échos par les montagnes proches. Sur le qui-vive, le jeune homme comprit que les coups de fusil provenaient des environs du camp français. Les Tei’i avaient-il déjà décidé d’une attaque ? Des clameurs retentissaient en réponse, de plusieurs points de la côte. Naoho ramassa en hâte sur le rocher sa couronne de fleurs et la longue cape qui avait abrité leur nuit et leur rencontre matinale.

– Rentre vite, je viendrai te dire ce qui se passe !

Heetai s’élança en direction de la plage. Il possédait bien un fusil, mais celui-ci était resté à Hakau’i. D’ailleurs, il aurait dû être ici en sécurité. Une fête n’était-elle pas en préparation ? Après s’être espacées, les détonations venaient de cesser. Il se faufila à travers la végétation dense, traversa au pas de course un vaste bosquet de bananiers et de goyaviers, puis se ravisa. Il n’avait pas déjeuné depuis son réveil et sentait l’appétit le gagner. Il cueillit ça et là les goyaves les plus mûres, en croqua une et reprit sa progression plus lentement, jusqu’aux abords d’un banian aux multiples troncs. Des voix masculines se congratulaient en français de l’autre côté. Il approcha, alors qu’un attroupement se formait sous les frondaisons de cette vaste demeure verte. Deux officiers se penchaient pour ramasser de petits tas colorés dans les herbes rases. Aux pieds du jeune homme, un oiseau ensanglanté agonisait, secoué de tremblements. Heetai le prit et lui tordit le cou. Ici, personne n’aurait été assez fou pour tuer de si petits oiseaux. On ne pouvait pas s’en nourrir et leurs chants étaient si plaisants à l’oreille. Certains d’entre eux chassaient les nono, ces petits moucherons à la piqûre douloureuse. Il reconnut des komako jaunes à tête noire, de gros koko duveteux au ventre corail, des vini aux ailes bleues, des pihiti... Heetai fronça les sourcils au spectacle de ce petit peuple du banian si brutalement réduit au silence. Mais l’un des chasseurs, laissant les enfants ramasser les proies le reconnut et l’apostropha. C’était Faubel, qu’il avait reçu à Hakau’i.

– Mais voilà notre jeune interprète ! Tu as vu nos trophées ?

– C’est une chasse inutile, maugréa en français le garçon. Il jeta l’oiseau mort dans la musette de toile que l’autre lui ouvrait.

– Détrompe-toi ! Nos hommes de science veulent étudier tout ce qui vit dans cette île !

– Les morts ne parlent pas, même les oiseaux, répondit laconiquement Heetai.

La part du requin. Elytis, 2015

PartdurequinWeb2Nukuhiva, archipel des Marquises, 1842. Hina et Heetai, fille et fils d’un marin français déserteur et d’une indigène, sont témoins de l’arrivée d’une escadre de guerre française dans leur île. Alors que leur mère vient de succomber à une épidémie, leur père Alban, qui en vingt-cinq ans s’était fondu dans sa tribu adoptive, sombre dans la mélancolie. La sœur et le frère doivent-ils fuir les nouveaux arrivants, comme les en exhorte leur père, ou se risquer à créer des liens avec eux ? Car qui mieux que ces “demis” peut comprendre à la fois la pensée magique de leur peuple et les calculs des blancs ?

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La part du requin. Extrait p. 27 - 28

LE SANG RÉPANDU à la surface de l’eau sombre demeure invisible. Assis à l’avant de la légère pirogue creusée dans un tronc, Tererangi a passé sa jambe entaillée par-dessus le bordage. Il a pratiqué une longue incision peu profonde tout autour de son mollet, juste au-dessus du tatouage qui évoque sa connivence avec la femme-requin. Car aujourd’hui, c’est cette proie qu’il appelle de son sang. En compagnie de Heetai et d’Alban, il a le matin même offert un morceau de chair de thazar, poisson dont il sait le requin friand, dans l’autel de Hanau, dieu des poissons et de tout ce qui vit dans la mer. Il n’a aucun doute, le requin vient toujours lorsqu’il est appelé, courtisé comme une vehine. En poupe, Alban, appuie sur sa pagaie pour éloigner l’embarcation des courants sournois et puissants qui, si l’on n’y prend garde, tirent les bateaux vers la côte pour les fracasser contre les rochers. Ils ont doublé la pointe Matateteiko, à l’est de Nukuhiva. Non loin, se creusent les sillons de la partie la plus sèche de l’île, terre et roche rouges, que les nuages atteignent rarement. Seul, un petit clan de pêcheurs utilise les ressources de la minuscule baie d’Ue’a, au large de laquelle les eaux, contrairement à la terre aride, regorgent de vie. La pirogue se trouve maintenant face à cette étroite échancrure, taillée dans la côte abrupte. Placé au centre de la pirogue, Heetai agite dans l’eau le collier de demi cocos et de coquillages retenus par une liane, dont le son plaît au requin comme à une femme un chant d’amour. Le jeune homme est le premier à apercevoir, venue du fond des eaux, la silhouette claire et fuselée. À la différence des baies proches du rivage où l’on peut admirer le vol sous- marin des grandes raies, le fond est si éloigné que l’eau en est presque noire. La bête qui approche en cercles prudents paraît immense à Alban, qui ne peut s’empêcher de frissonner.

Il n’est pas homme de l’eau. Malgré sa jeunesse de marinier en France, suivie d’une courte vie de marin, il n’a jamais éprouvé d’attirance pour l’élément mouvant et salé. Son année de navigation sur Le Bordelais n’était destinée qu’à lui faire retrouver la sensation dure et rassurante de la terre sous ses pieds. Quant aux requins, dans lesquels les hommes d’ici voient des dieux mués en proies, ils lui inspirent une crainte irraisonnée. Il n’en éprouve que plus d’admiration pour son fils, à qui Tererangi a enseigné toutes les ruses de cette pêche dangereuse. Sa mère n’avait-elle pas tenu à l’appeler Heetai pa’a’oa iti, petit dauphin ? Comme son animal tutélaire, son fils plonge et nage avec une aisance qui le surprend toujours. Les dauphins font partie des rares habitants des mers capables de tuer des requins. Aussi, Heetai éprouve-t-il un plaisir particulier à cette pêche-là. Tous trois continuent de faire progresser la pirogue en direction de la baie, sans que le pêcheur ne sorte sa jambe de l’eau. Heetai a immergé la corde de coco. Son ombre penchée vers l’eau se projette sur la surface houleuse. L’appât humain est à portée des mâchoires et l’aileron frôle la surface lorsque le jeune homme décide de l’attaque. Il déplace à vue son cordage lesté, tout près de la jambe blessée, attend un court instant que le requin soit engagé jusqu’aux ouïes, puis tire sur la corde à deux mains pour piéger la tête de l’animal dans le nœud coulant. À toi ! crie Heetai à Tererangi qui abandonne la ligne, pour se saisir de l’extrémité de la corde, enroulée autour d’une pièce de bois fixée en travers de la pirogue. Le jeune homme plonge, harpon à la main et son compagnon entonne au même instant le chant rituel, auquel se joint Alban. La mélopée est triste car le requin vehine, séduit par les pêcheurs, va mourir. Les paroles lui demandent de montrer sa poitrine et la bête obéit, projetant à demi hors de l’eau son corps déjà transpercé. La lutte est brève. Le requin bat de la queue avec fureur, projetant des paquets de mer dans la barque, qu’Alban écope à l’aide d’une écuelle de bois. Le chant doit aller à son terme et le requin montrer son ventre, vaincu. Le garçon l’a saisi à bras- le-corps et a porté les coups mortels. La bête n’émet plus que de faibles secousses. La complainte meurt avec le combat.

Le mot de la fin

PhotomarquisesÇa y est… trois ans après être rentré des Marquises et deux ans et demi après l'avoir commencé, j'ai écrit le mot de la fin de ce roman. Moment tant attendu, de lâcher prise. Il n'est plus à moi, il est parti, dehors, ailleurs, dans d'autres mains, pour des voyages que je ne connaîtrai pas. Finir, c'est déjà atteindre une part de bonheur.

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Huis-clos dans l'île

Fanett Salmon

 Le jour de Noël 2011, je rentrais des îles Marquises, assez hébété dans le bus de l’aéroport, avec en tête une histoire que j’avais imaginée en partie là-bas. Ce voyage tout à fait miraculeux avait été rendu possible par une “résidence d’écriture” financée par la région Aquitaine. La condition en était un livre lié à cet archipel. J’avais donc assez rapidement proposé un roman dont l’action se situerait à Nuku Hiva, l'île du premier roman, vingt-cinq ans plus tard. Sur place, j’ai vécu dans une famille marquisienne et rencontré quantité de passionnés de ces îles, réunis le temps du Festival des arts des Marquises (Matavaa o te Henua Enana). Ce moment rare (tous les 4 ans dans une île différente) met en scène les retrouvailles des insulaires avec la culture originelle qu’ils ont bien failli perdre. J’ai arpenté tous les coins de l’île que j’ai pu atteindre. Un endroit que jamais je n’avais réussi à me représenter auparavant et dont la présence est si puissante.

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Te a'itua, la transmission

UaPou-Koueva

Il en va des peuples comme des arbres. On peut les tailler, les couper jusqu’au près du sol, tant qu’il reste des racines vivantes, ils repousseront. Tel est le peuple Marquisien “Enana”. Amputé en un siècle de plus des neuf dixièmes de sa population et d’autant de sa mémoire, il a réussi d’abord à survivre et à assimiler tous ceux qui avaient débarqué sur ses îles pour y rester. Ensuite, avec un appétit féroce depuis les années quatre-vingt, les Marquisiens ont reconquis tout ce qui pouvait l’être de leur culture longtemps diabolisée par le clergé catholique. “L’église a imposé le tabou, l’église a levé le tabou.” Cette clairvoyance tardive est arrivée juste à temps. Vingt ans plus tard, il n’y aurait peut-être plus eu grand-chose à sauver.

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L'imaginaire et le réel

“Je hais les voyages et les explorateurs…” Écrivait Claude Lévi-Strauss en préambule de “Tristes tropiques”. Par cette phrase polémique qui l'a beaucoup desservi, l'auteur entendait se désolidariser des multiples récits de voyages touristiques en vogue à son époque. Sans reprendre à mon compte son aversion, je dois reconnaître que je ne suis pas un grand voyageur. Parcourir le pays qui m'est familier et ne cesse de me parler aurait pu me suffire. Mais il y a trop longtemps que je rêve de ces îles, où m'ont précédé Radiguet, Melville, Stevenson, London, Gauguin… Jusqu'à ce capitaine de Roquefeuil vers qui le hasard m'a guidé et dont le périple a servi de base aux “îles du santal”.

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L'île en dedans

Triangle

“Rêver des îles, avec angoisse ou joie peu importe, c’est rêver qu’on se sépare, qu’on est déjà séparé, loin des continents, qu’on est seul et perdu – ou bien c’est rêver qu’on repart à zéro, qu’on recrée, qu’on recommence. Il y avait des îles dérivées, mais l’île, c’est aussi ce vers quoi l’on dérive, et il y avait des îles originaires, mais l’île c’est aussi l’origine, l’origine radicale et absolue. Séparation et recréation ne s’excluent pas sans doute, il faut bien s’occuper quand on est séparé, il vaut mieux se séparer quand on veut recréer…” (Gilles Deleuze - L’île déserte et autres textes) Ce texte que je découvre* est une révélation. C’est la première fois que je lis, décrite et décryptée, l’attirance puissante pour les îles telle que je la ressentais enfant. Ce temps où je me projetais dans l’imaginaire d’un pan de terre isolé, où l’apaisement de la reconstruction était possible.

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    SergeLV2w

     

     

    Serge Legrand-Vall en dix dates

     

    1958. Naît à Montauban.

    1964. Quitte l’Ariège pour la Normandie, changement de décor et de patronyme.

    1976. Admission à l’Ecole des Arts appliqués Duperré à Paris. Se passionne en parallèle pour l’ethnologie et étudie les civilisations amérindiennes.

    1979. Plutôt que débuter sa carrière de créatif pour la publicité à Paris, il choisit de rejoindre Toulouse.

    1986. S’initie à l’écriture de scénarios avec Alem Surre-Garcia au Centre Régional du Cinéma. Retrouve sa famille espagnole.

    1995. Arrivée à Bordeaux.

    2005. Parution de Toulouse Bordeaux l’un dans l’autre. Rencontre avec Pierre Veilletet.

    2011. Parution de son premier roman Les îles du santal et séjour aux îles Marquises.

    2013. Parution de La rive sombre de l’Ebre.

    2017. Lauréat d'une bourse d'écriture de la région Nouvelle-Aquitaine pour son quatrième roman Reconquista.

     

     

    Interview de Jean Morzadec sur http://www.bonnelecture.fr Mars 2013.

    Plus sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Legrand-Vall

     

    SITES AMIS

    https://adeptedulivre.com/

    Le réjouissant blog littéraire de Charlotte Sapin 

    http://www.babelio.com

    Tous les livres et les lecteurs qui en parlent

    http://tahitinui.blog.lemonde.fr

    Le meilleur blog culturel sur les Marquises, signé Purutaa

  • D'abord pourquoi vendredi écriture ?

    Parce que le temps, tel que je l'ai apprivoisé, m'offre chaque semaine le vendredi pour écrire. Tout ce que j'ai écrit a été écrit le vendredi. Pas uniquement, mais presque. Mon jour, c'est celui-là.

     

    Ensuite, à propos de Facebook

    Si vous cliquez sur ce lien, vous accédez directement à ma page auteur Facebook : https://www.facebook.com/serge.legrandvall.auteur J'y poste toutes les séquences de la vie aventureuse de mes romans.

     

    Ensuite encore, si vous voulez vous procurer un livre, 

    vous pouvez vous rendre chez votre libraire habituel et le commander. Ce site vous indique, par région, quel libraire indépendant le possède en stock : http://www.placedeslibraires.fr

    Vous pouvez l'acheter en ligne sur de nombreux sites ou même le demander directement à l'éditeur (port offert) : http://www.elytis-edition.com

     

    Enfin, à propos de mon rapport au vrai et à l'imaginaire dans l'écriture,

    je ne résiste pas au plaisir de vous livrer cet extrait du monde selon Garp de John Irving :

    “Il attendait le moment où elle lui demanderait : et alors ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est inventé ? Il lui dirait alors que rien de tout ça n'avait la moindre importance ; Elle n'avait qu'à lui dire tout ce qu'elle ne croyait pas. Il modifierait alors cette partie. Tout ce qu'elle croyait était vrai ; tout ce qu'elle ne croyait pas devait être remanié. Si elle croyait toute l'histoire, dans ce cas, toute l'histoire était vraie.” 

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