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La rive sombre de l'Ebre

Pages 1 et 2

EXTRAIT

“Lundi 23 mars 1964

Les passagers agitaient les bras depuis les ponts du grand navire blanc. Le froid piquant de ce petit matin de mars laissait monter de la foule sombre restée à quai les échappées de vapeur des cris. Arrivé en courant avec Maurice, Antoine commençait à frissonner en ressentant la sueur glacée de sa course. La marée était haute, faisant paraître plus imposant encore le navire dont la proue avait déjà quitté le quai. Le soleil tardait à se lever dans un ciel pâle et laiteux. En amont sur la même rive, les noirs squelettes des grues étaient encore immobiles à cette heure matinale. Il aurait été dommage de manquer le départ de l’un des derniers paquebots des lignes régulières de Bordeaux. La concurrence de l’avion et du train était devenue trop forte. Le temps de la navigation paraissait révolu et c’était là le sujet de l’article qu’Antoine devait écrire pour la parution du lendemain. Un article plutôt ambitieux pour un débutant, mais le rédacteur en chef lui faisait confiance. Tu m’as l’air doué pour ce boulot, lui avait-il dit la veille en le mettant sur ce coup. C’aurait été encore mieux si j’avais réussi à me lever à l’heure, pensa Antoine en sortant de sa poche son calepin à spirales. C’est alors qu’un cri rauque, plus puissant et plus proche que les autres, déchira l’air humide, suivi du son de la sirène du bateau qui emplit tout l’espace. Antoine et Maurice se précipitèrent à l’endroit où un attroupement se formait et d’où fusaient des exclamations. Ils arrivèrent au ras du quai, juste à temps pour voir un homme tombé à l’eau attraper la bouée qu’un de ses collègues venait de lui lancer.

- Eh ben, tu vas avoir de quoi le corser, ton papier ! Maurice s’était accroupi pour approcher au plus près et faire les meilleures photos. Déjà, l’homme ruisselant, cramponné à la corde attachée à la bouée, se laissait hisser en prenant appui sur la pierre glissante.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda Antoine à un docker à bonnet qui interpellait l’ouvrier malchanceux : “Alors, tu ne t’étais pas lavé, ce matin ? ”

- Cette andouille n’a pas lâché l’amarre assez vite, il s’est laissé entraîner ! Et puis regardez ces pavés, dès qu’il fait humide, on y glisse comme sur des peaux de bananes ! L’ouvrier du port, revenu du choc de son immersion et entouré de compagnons qui le frictionnaient, accepta de poser pour le photographe avant d’être emmené dans le hangar de la gare maritime pour y être séché et réchauffé. Antoine eut un nouveau frisson en pensant à la température de l’eau de la Garonne. Il n’avait jamais beaucoup aimé l’eau et ce n’est pas ce matin que ça allait changer. Indifférent à l’incident, le paquebot Foucault 2 s’éloignait vers l’aval, crachant une fumée noire de son unique cheminée. Le nombre de passagers curieux avait augmenté sur le pont arrière. Dans quelques jours, le paquebot atteindrait les côtes africaines, sa destination. Sans racine bordelaise, ignorant de l’histoire du port et de sa navigation, Antoine devait la seule histoire qu’il connaissait à Ramón, son copain de Toulouse. Une histoire de républicains espagnols, évidemment. Il s’agissait de l’épopée du Winnipeg, un cargo qui avait convoyé en 1939 deux mille cinq cent réfugiés, de Bordeaux à Valparaiso. Une odyssée comme aimait à les raconter son ami. Il avait retenu en particulier de ce récit une anecdote, celle de ces couples, formés pendant ce voyage qui les emmenait loin des épreuves et des souffrances, qui faisaient l’amour dans les canots de sauvetage. C’était une belle image, pour des rescapés. - Bon, je vais faire développer, à plus tard ! Pressé, Maurice repartit vers sa mobylette posée contre une grille. Antoine avait encore quelques questions à poser à la capitainerie concernant le navire. Il se mit à rêver de voyage, lui qui n’avait jamais mis un pied hors des frontières.”

Odeurs et parfums dans “La rive sombre de l'Èbre”

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Voici une analyse singulière qui me plaît beaucoup, signée Betty Pujades :

Il y a une composante dans ce roman dont j'aimerais parler. Elle était déjà présente dans "les îles du Santal" mais j'y ai été plus sensible ici, peut-être parce que je les connaissais, étant d'origine catalane. Ce sont les odeurs. En fait, il me semble qu'elles sont au cœur même de l'essence de ce roman, qui, grâce à elles, "sent bon l'Espagne". On pourrait presque leur accorder la place d'un personnage qui intervient de façon significative pour enrichir le roman à plusieurs niveaux. J'en ai détaillé 4 :

1 - Les odeurs viennent compléter la vision du quotidien.

2 - Elles sont en interaction avec les personnages

3 - L'odeur = vedette de l'action.

4 - Les odeurs s'inscrivent dans l'essence du roman dont elles soulignent la spécificité.

1/ Les odeurs viennent compléter la vision du quotidien P35 : les fromages aux odeurs fleuries P40 : l'odeur de linge propre, de fleurs séchées et de vieux bois. P78 : odeurs de résine et de poussière. P98 : l'odeur d'aubergine et de tomate confite, lard et oignon P135 : l'air était rempli des odeurs fraîches de la rivière et des murmures du courant.

2/ Elles sont en interaction avec les personnages P81 : "une assiette de pain, tomates, olives et serrano, arrosée d'un vin parfumé du Priorat qui l'avait mis de bonne humeur." (à Lérida) P115 : "il avait respiré ses cheveux, un parfum doux de fleurs séchées, d'immortelles. Il en avait ressenti un plaisir aigu." (Nuria) P137 : en parlant du père de Nuria : "Antoine sentit son odeur âcre de transpiration et de tabac". (Connotation négative qui sent le rejet et le dégoût.)

3/ L'odeur a la vedette de l'action. P85 : (au début de la 2ème partie) l'odeur de fumée réveille Antoine, quand la maison du vieil Appolo brûle. "Une agitation confuse et une odeur de fumée. Non, de brûlé. A cette pensée, il s'éveilla d'un coup. L'odeur était bien là, réelle."

4/ Les odeurs s'inscrivent dans l'essence du roman dont elles soulignent la spécificité. P81 : On est en Espagne, et les odeurs apportent à Antoine la conscience d'être en terre étrangère. "La fraîcheur était tombée, mais elle n'avait rien à voir avec le froid vif des soirées pyrénéennes. Par la fenêtre de la portière ouverte, Antoine respirait des odeurs étrangères, mates, grasses. Des odeurs lourdes de secrets envasés, entraînés par les flots lents. Des odeurs minérales aussi, venues de ces roches grises qui portaient un manteau d'arbres maigres et tortueux." ("secrets envasés", les flots lents" = qui ont emporté le père d'Antoine et emporteront celui de Nuria.) ("roches grises" "arbres maigres et tortueux" = cette partie de l'Espagne.)

Ces odeurs que l'auteur sait si bien décliner à l'infini, ne seraient-elles pas une des marques de son ADN littéraire ?

Betty Pujades

Casa de España, Toulouse

Présentation des deux ouvrages par Fabrice Corrons, maître de conférences Catalan-Espagnol à l'Université de Toulouse-le-Mirail, laboratoire LLA-CREATIS.

 

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Voici deux ouvrages publiés chez Elytis autour d'histoires de la République Espagnole : - Enfants de la mémoire. 32 victimes de la guerre d'Espagne racontent, traduction d'un ouvrage espagnol "Traumas de los niños de la guerra y del exilio" étdité le 15 octobre 2010 par l'association pour la Mémoire et l'Histoire du Baix de Llobregat (AMHDBLL) dont le Président est Francisco Ruiz Acevedo. Laure Lataste est la traductrice et la coordonnatrice de cette œuvre collective qui s'est donnée pour priorité de promouvoir ce livre en donnant la parole à ces témoins qui ont vécu et souffert de ces horreurs dues aux fascistes espagnols et européens.. - La rive sombre de l'Ebre. A la recherche d'un père disparu pendant la guerre d'Espagne de Serge Legrand-Vall. Un roman d'apprentissage particulier, car l'initiation a une dimension transfrontalière et se fait hors des sentiers battus, à travers une quête qui, comme l'indique le sous-titre, amène un jeune Français à franchir les Pyrénées pour comprendre la mort de son père, soldat républicain, du côté de Mora d'Ebre. Deux ouvrages qui se répondent, comme s'ils étaient médiatisés par le miroir de nos vies :

-d'un côté, un témoignage conséquent (330 pages), et polyphonique (32 récits de vie) autour de ce qu'a représenté l'exil pour des enfants, ceux que l'Histoire terrible de la Guerre d'Espagne 36/39 a nécessairement traumatisés avec une acuité particulière... car, comme il est précisé en introduction, la construction de l'enfant, à ses différents âges, de la réalité est bien distincte de celle des adultes. Et nous voyons alors se dessiner un début de panorama, forcément incomplet, de ces sans voix, car chaque récit de guerre est unique par le lieu du traumatisme, le contexte familial, le lieu de l'exil : Gurs, Le Vernet, Elne, Argelès, la Normandie, Limoges, Paris, Bordeaux, etc., en France ; l'Angleterre, le Mexique, Buenos Aires, Oran...

-et d'un autre côté, le travail de création romanesque, d'imagination qui met en lumière, par le biais de la fiction, un autre témoignage. Un témoignage qui a une valeur équivalente à celle de ces 32 enfants, d'autant plus que ce témoin fictif, Antoine, partage avec celui de Laure Garralaga Lataste des caractéristiques biographiques similaires: ils ont tous les deux vécu le passage de la frontière dans le ventre de leur mère. Dans le cas de la fiction romanesque, cette expérience utérine de l'exil est d'autant plus forte que l'accouchement a lieu juste après avoir passé la frontière espagnole, dans les terres françaises. Mais cette dramatisation que l'auteur utilise, avec parcimonie et sens du rythme romanesque et du suspense, n'est pas le propre de la fiction.

Lire la suite : Casa de España, Toulouse

À quoi bon écrire des livres si on n'invente pas la vérité ?

AureAvril38-300x195Citation de Jorge Semprùn. “Le mort qu’il faut”

La vérité est cette chose insaisissable dont chacun ne voit qu'une partie, avant qu'elle ne soit déformée par d'autres et disparaisse. Certaines vérités se perdent dans l''oubli, irrémédiablement. Or l'oubli est mon ennemi personnel. Je le combats avec mes armes. L'écriture est la principale. Je ne saurai jamais tout à fait comment ceux qui m'ont précédé ont traversé la tourmente de la guerre d'Espagne. Ni ce qu'ils pensaient, ni quelles furent les raisons de leurs choix. Alors, il ne me reste qu’à l’inventer. Cette histoire ne sera donc pas la leur. Les personnages du roman ne seront pas eux. Tout sera différent, car à la différence du récit, le roman n'est pas témoignage. Cependant, aux couleurs que j'ai découvertes, habitée par les passions que j'ai perçues, par les silences qui m'ont bercés, cette histoire sera vraie. Jorge Semprùn, un de mes référents en littérature, avait fait sienne cette citation de Boris Vian dans L'écume des jours : "Dans ce livre tout est vrai, puisque j'ai tout inventé".

Séjour éclair à Mòra d'Ebre

mora d'ebre Huit heures de route depuis les Pyrénées pour aller repérer ce village, marcher dans ses rues, découvrir le fleuve lent et les montagnes qui l'environnent, faire des rencontres, trouver les éléments qui me manquent sur son histoire, me poser là brièvement… De la mémoire évanouie de ma famille espagnole, ne reste que le nom de cet endroit, dont est originaire ma grand-mère. Mòra d'Ebre, Mòra la Nova, deux villages qui se font face, de part et d'autre du fleuve. Entourés de vignes, de vergers, d'oliveraies. Théâtre de la bataille de l'Èbre, affrontement d'une extrême violence, qui a précipité la défaite du camp républicain et la fin de la guerre dEspagne. Après avoir rédigé la première partie de ce roman, je devais absolument voir les lieux où se passe la suite, qui est aussi l'avant, là où se noue la tragédie. Plonger dans les eaux sombres de l'Èbre, pendant l'été 1937.

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    Serge Legrand-Vall en dix dates

     

    1958. Naît à Montauban.

    1964. Quitte l’Ariège pour la Normandie, changement de décor et de patronyme.

    1976. Admission à l’Ecole des Arts appliqués Duperré à Paris. Se passionne en parallèle pour l’ethnologie et étudie les civilisations amérindiennes.

    1979. Plutôt que débuter sa carrière de créatif pour la publicité à Paris, il choisit de rejoindre Toulouse.

    1986. S’initie à l’écriture de scénarios avec Alem Surre-Garcia au Centre Régional du Cinéma. Retrouve sa famille espagnole.

    1995. Arrivée à Bordeaux.

    2005. Parution de Toulouse Bordeaux l’un dans l’autre. Rencontre avec Pierre Veilletet.

    2011. Parution de son premier roman Les îles du santal et séjour aux îles Marquises.

    2013. Parution de La rive sombre de l’Ebre.

    2017. Lauréat d'une bourse d'écriture de la région Nouvelle-Aquitaine pour son quatrième roman Reconquista.

     

     

    Interview de Jean Morzadec sur http://www.bonnelecture.fr Mars 2013.

    Plus sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Legrand-Vall

     

    SITES AMIS

    https://adeptedulivre.com/

    Le réjouissant blog littéraire de Charlotte Sapin 

    http://www.babelio.com

    Tous les livres et les lecteurs qui en parlent

    http://tahitinui.blog.lemonde.fr

    Le meilleur blog culturel sur les Marquises, signé Purutaa

  • D'abord pourquoi vendredi écriture ?

    Parce que le temps, tel que je l'ai apprivoisé, m'offre chaque semaine le vendredi pour écrire. Tout ce que j'ai écrit a été écrit le vendredi. Pas uniquement, mais presque. Mon jour, c'est celui-là.

     

    Ensuite, à propos de Facebook

    Si vous cliquez sur ce lien, vous accédez directement à ma page auteur Facebook : https://www.facebook.com/serge.legrandvall.auteur J'y poste toutes les séquences de la vie aventureuse de mes romans.

     

    Ensuite encore, si vous voulez vous procurer un livre, 

    vous pouvez vous rendre chez votre libraire habituel et le commander. Ce site vous indique, par région, quel libraire indépendant le possède en stock : http://www.placedeslibraires.fr

    Vous pouvez l'acheter en ligne sur de nombreux sites ou même le demander directement à l'éditeur (port offert) : http://www.elytis-edition.com

     

    Enfin, à propos de mon rapport au vrai et à l'imaginaire dans l'écriture,

    je ne résiste pas au plaisir de vous livrer cet extrait du monde selon Garp de John Irving :

    “Il attendait le moment où elle lui demanderait : et alors ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est inventé ? Il lui dirait alors que rien de tout ça n'avait la moindre importance ; Elle n'avait qu'à lui dire tout ce qu'elle ne croyait pas. Il modifierait alors cette partie. Tout ce qu'elle croyait était vrai ; tout ce qu'elle ne croyait pas devait être remanié. Si elle croyait toute l'histoire, dans ce cas, toute l'histoire était vraie.” 

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